Rachat de Crédit : Comment Regrouper Vos Prêts pour Alléger Vos Mensualités
Le rachat de crédit, également appelé regroupement de crédits ou consolidation de dettes, est une opération financière qui consiste à fusionner plusieurs crédits existants en un seul emprunt unique. Cette solution attire chaque année plus de 200 000 ménages français selon les statistiques de l’Association Française des Sociétés Financières (ASF), principalement pour réduire leurs mensualités et simplifier la gestion de leur budget.
Si vous cumulez plusieurs crédits à la consommation, un crédit immobilier, voire des découverts bancaires récurrents, le rachat de crédit peut représenter une solution efficace pour retrouver de la sérénité financière. Cependant, cette opération n’est pas toujours avantageuse et nécessite une analyse approfondie pour éviter les pièges. Comprendre précisément son fonctionnement, ses avantages réels, ses coûts cachés et les situations où elle est pertinente vous permettra de prendre une décision éclairée.
Qu’est-ce que le rachat de crédit ?
Le rachat de crédit est une restructuration financière qui permet de remplacer plusieurs prêts en cours par un crédit unique auprès d’un nouvel établissement financier.
Le mécanisme de l’opération
Un organisme spécialisé en rachat de crédit (banque, établissement de crédit, société de financement) rachète l’intégralité de vos crédits en cours en remboursant par anticipation chacun d’eux. Il vous propose ensuite un nouveau crédit unique regroupant tous ces montants, généralement assorti d’une durée de remboursement allongée qui permet de réduire significativement la mensualité.
Exemple concret : Vous cumulez actuellement un crédit automobile à 280€/mois (reste 18 000€ sur 72 mois), un prêt travaux à 195€/mois (reste 8 500€ sur 48 mois), un crédit électroménager à 85€/mois (reste 2 800€ sur 36 mois), et un découvert permanent de 1 200€. Total mensuel : 560€ hors découvert.
Un organisme de rachat vous propose de regrouper ces 30 500€ en un seul crédit de 31 000€ (incluant les frais) sur 96 mois à 6,5% de TAEG. Nouvelle mensualité unique : 380€. Vous gagnez 180€ de trésorerie chaque mois.
Les types de rachat de crédit
Rachat de crédits à la consommation : Regroupement exclusif de crédits personnels, crédits affectés, crédits renouvelables, découverts bancaires. Les montants concernés vont généralement de 5 000€ à 75 000€, avec des durées de remboursement de 36 à 144 mois.
Rachat de crédit immobilier : Rachat d’un ou plusieurs crédits immobiliers, éventuellement complété par des crédits à la consommation. Cette opération plus complexe nécessite généralement une garantie hypothécaire sur votre bien immobilier.
Rachat mixte (immobilier + consommation) : Formule la plus courante, elle regroupe votre crédit immobilier et vos crédits à la consommation en un seul prêt avec garantie hypothécaire. La présence du crédit immobilier permet souvent d’obtenir des taux plus avantageux que pour un simple rachat de crédits consommation.
Rachat avec trésorerie supplémentaire : En plus du regroupement de vos dettes existantes, vous pouvez emprunter un montant additionnel (généralement 15% à 30% du montant racheté) pour financer un nouveau projet. Cette option est fréquemment proposée pour encourager l’opération.
Les acteurs du marché
Le marché du rachat de crédit en France réunit plusieurs types d’intervenants :
Banques généralistes : La plupart des grandes banques françaises (BNP Paribas Personal Finance, Société Générale, Crédit Agricole, Caisse d’Épargne) proposent des offres de rachat de crédit, principalement pour leurs propres clients dans une logique de fidélisation.
Établissements spécialisés : Des sociétés se sont spécialisées exclusivement dans le rachat de crédit (Sygma Banque, Cofidis, Cetelem, Sofinco). Elles proposent généralement des processus plus rapides et une expertise approfondie sur ce type d’opération.
Courtiers en rachat de crédit : Ces intermédiaires négocient pour votre compte auprès de multiples établissements financiers. Ils sont rémunérés par commission versée par l’organisme prêteur. Les courtiers doivent obligatoirement être immatriculés à l’ORIAS (Organisme pour le Registre des Intermédiaires en Assurance, Banque et Finance).
Les avantages du rachat de crédit
Lorsque l’opération est bien calibrée et adaptée à votre situation, le rachat de crédit présente plusieurs bénéfices tangibles.
Réduction substantielle des mensualités
C’est l’avantage principal et le plus immédiat. L’allongement de la durée de remboursement permet de diminuer significativement la charge mensuelle.
Réduction typique : Entre 30% et 60% des mensualités cumulées actuelles selon la durée choisie et votre situation. Plus vous allongez la durée, plus la mensualité diminue, mais plus le coût total augmente.
Cette baisse de mensualité améliore votre trésorerie quotidienne, vous permet de faire face aux dépenses courantes sans stress, réduit le recours au découvert bancaire, et peut vous donner la possibilité de reconstituer une épargne de précaution.
Exemple chiffré : Vos mensualités actuelles totalisent 720€. Après rachat sur une durée allongée, vous passez à 420€. Vous libérez 300€ de trésorerie mensuelle, soit 3 600€ par an qui peuvent servir à améliorer votre quotidien ou à épargner.
Simplification drastique de la gestion budgétaire
Gérer simultanément 3, 4 ou 5 crédits différents avec des dates de prélèvement variées, des montants différents, auprès d’organismes distincts est complexe et source d’erreurs potentielles.
Le rachat de crédit transforme cette complexité en simplicité : un seul prélèvement mensuel à une date fixe, un seul interlocuteur pour toutes vos questions, un seul tableau d’amortissement à suivre, une seule assurance emprunteur à gérer.
Cette simplification réduit considérablement la charge mentale liée à la gestion de vos finances et diminue le risque d’oubli ou d’erreur pouvant entraîner des incidents de paiement.
Amélioration du taux d’endettement
Le taux d’endettement est le ratio entre vos charges de crédit mensuelles et vos revenus nets. Il est calculé ainsi : (total mensualités / revenus nets) × 100.
Avec des mensualités réduites, votre taux d’endettement diminue mécaniquement. Cette amélioration peut vous permettre de retrouver une capacité d’emprunt pour un futur projet (véhicule, travaux), de rassurer votre banquier pour l’octroi d’un découvert autorisé plus important, ou de faciliter une location immobilière (les bailleurs exigent généralement un taux d’endettement inférieur à 33%).
Exemple : Avec 2 400€ de revenus mensuels et 720€ de mensualités, votre taux d’endettement est de 30%. Après rachat ramenant les mensualités à 420€, il passe à 17,5%. Vous retrouvez une capacité d’emprunt théorique de 300€/mois supplémentaires.
Obtention d’un taux unique potentiellement plus avantageux
Si vos crédits actuels comportent des taux élevés, notamment des crédits renouvelables entre 10% et 20% de TAEG, le rachat à un taux unique plus modéré (généralement entre 4% et 8% selon les profils et garanties) peut générer de réelles économies d’intérêts malgré l’allongement de durée.
Le gain est particulièrement significatif si vous avez souscrit vos crédits actuels il y a plusieurs années, période où les taux étaient plus élevés qu’aujourd’hui, ou si vous avez des crédits renouvelables qui représentent les crédits les plus coûteux du marché.
Éviter le fichage FICP et le surendettement
Si vous êtes en difficulté financière avec des risques d’impayés imminents, le rachat de crédit peut être une solution préventive pour assainir votre situation avant qu’elle ne devienne critique.
En réduisant vos mensualités à un niveau soutenable, vous évitez les incidents de paiement qui mènent au fichage FICP (Fichier des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers) et aux procédures de recouvrement.
Le rachat de crédit est souvent préférable à un dépôt de dossier de surendettement qui entraîne des conséquences plus lourdes (fichage automatique, impossibilité d’emprunter pendant plusieurs années, stigmatisation).
Possibilité d’inclure de la trésorerie supplémentaire
De nombreux rachats de crédit permettent d’ajouter un montant de trésorerie supplémentaire au regroupement, généralement plafonné à 15% à 30% du montant total racheté.
Cette trésorerie additionnelle peut servir à financer un projet urgent (réparation de véhicule, travaux nécessaires, équipement indispensable), solder un découvert bancaire chronique qui vous coûte cher en agios, constituer une épargne de sécurité pour les imprévus futurs.
Attention : Cette trésorerie supplémentaire vous coûte également des intérêts et allonge encore la durée du crédit. N’y recourez que si le besoin est réel et justifié.
Les inconvénients et risques du rachat de crédit
Le rachat de crédit n’est pas une solution miracle et comporte des désavantages qu’il faut absolument connaître avant de s’engager.
Coût total généralement bien plus élevé
C’est le principal inconvénient et il est substantiel. L’allongement de la durée de remboursement signifie que vous payez des intérêts sur une période beaucoup plus longue, ce qui augmente considérablement le coût total du crédit.
Exemple détaillé : Vous avez trois crédits en cours totalisant 25 000€ de capital restant dû, avec un coût résiduel d’intérêts de 2 800€ sur les durées restantes (48 mois en moyenne). Coût total résiduel : 27 800€.
Vous effectuez un rachat sur 120 mois (10 ans) à 6,8% de TAEG. Le coût des intérêts sera de 9 450€ environ. Coût total : 34 450€.
Surcoût du rachat : 9 450€ – 2 800€ = 6 650€ supplémentaires, soit une augmentation de 237% du coût des intérêts !
Ce surcoût considérable est le prix à payer pour la réduction de mensualité. Il faut donc bien évaluer si cette mensualité plus faible justifie de payer 6 650€ de plus sur la durée totale.
Multiples frais liés à l’opération
Le rachat de crédit génère plusieurs types de frais qu’il faut intégrer dans votre calcul :
Indemnités de remboursement anticipé (IRA) : Vos crédits actuels seront soldés par anticipation, ce qui peut déclencher des indemnités plafonnées légalement à 1% du capital restant dû si la durée résiduelle excède 12 mois, ou 0,5% si elle est inférieure à 12 mois. Pour un rachat de 30 000€ de crédits, les IRA peuvent représenter 150€ à 300€ au total.
Frais de dossier du nouveau crédit : L’organisme de rachat facture généralement des frais de constitution de dossier, typiquement 1% du montant racheté, soit 250€ à 800€ selon le montant total.
Frais de garantie : Pour un rachat mixte incluant un crédit immobilier, une hypothèque ou un privilège de prêteur de deniers sera nécessaire, générant des frais notariés de 1 500€ à 3 000€ selon le montant. Pour un rachat de crédits consommation seuls, une caution ou une hypothèque peut être demandée pour les montants élevés (plus de 50 000€).
Frais d’expertise immobilière : Si votre bien immobilier sert de garantie, une expertise peut être requise, coûtant 200€ à 500€.
Coût de la nouvelle assurance emprunteur : La nouvelle assurance sur une durée allongée peut représenter un coût cumulé supérieur à vos assurances actuelles.
Ces multiples frais peuvent totaliser 2 000€ à 5 000€ pour une opération de rachat standard, montant qui s’ajoute au surcoût d’intérêts lié à l’allongement de durée.
Allongement considérable de la période d’endettement
Vous restez endetté beaucoup plus longtemps, parfois 10 à 15 ans de plus que la durée résiduelle de vos crédits actuels.
Cette situation présente plusieurs inconvénients : vous mobilisez votre capacité d’endettement sur une très longue période, limitant les possibilités de nouveaux projets futurs, vous vous exposez aux aléas de la vie (perte d’emploi, divorce, maladie) sur une durée étendue, vous reportez le moment où vous serez libéré de toute dette.
Réflexion psychologique : Être endetté pendant 10 ou 12 ans peut peser moralement. Certaines personnes préfèrent des efforts plus importants à court terme (mensualités plus élevées) pour retrouver rapidement leur liberté financière.
Risque de réendettement rapide
Statistiquement, environ 30% des personnes ayant effectué un rachat de crédit souscrivent de nouveaux crédits dans les 2 ans suivant l’opération. Cette tendance s’explique par la trésorerie libérée qui donne une fausse impression d’amélioration financière.
Le risque : vous conservez les mêmes habitudes de consommation à crédit, vous utilisez la capacité d’endettement retrouvée pour de nouveaux achats, et vous vous retrouvez quelques années plus tard avec le crédit de rachat toujours en cours PLUS de nouveaux crédits, aggravant votre situation par rapport au point de départ.
Pour éviter ce piège, il est essentiel de modifier ses comportements financiers après un rachat : privilégier l’épargne avant l’emprunt, constituer une réserve de précaution pour les imprévus, limiter strictement le recours au crédit.
Perte des avantages de certains crédits actuels
Certains de vos crédits en cours peuvent avoir des conditions particulièrement favorables qu’il serait dommage de perdre : un crédit auto à 0,9% obtenu lors d’une promotion constructeur, un crédit employeur à taux préférentiel, un crédit avec assurance très avantageuse déjà souscrite.
Racheter ces crédits avantageux pour les intégrer dans un crédit global à 6% ou 7% n’est pas rationnel d’un point de vue financier.
Avant un rachat, analysez crédit par crédit : conservez ceux qui ont des conditions excellentes et ne rachetez que ceux dont les taux sont désavantageux.
Complexité et durée de l’opération
Un rachat de crédit, surtout s’il inclut un crédit immobilier avec garantie hypothécaire, est une opération complexe qui nécessite de nombreux documents et peut prendre 2 à 4 mois entre le dépôt du dossier et le déblocage effectif des fonds.
Documents requis : pièce d’identité, justificatifs de revenus complets (3 derniers bulletins de salaire, avis d’imposition), justificatif de domicile, tableaux d’amortissement de tous vos crédits en cours, attestations de capital restant dû, relevés bancaires des 3 derniers mois, titre de propriété si rachat immobilier, taxe foncière, assurance habitation.
La constitution du dossier demande rigueur et organisation. Tout document manquant ou incomplet retarde le traitement.
Dans quelles situations le rachat de crédit est-il pertinent ?
Le rachat de crédit n’est pas adapté à toutes les situations. Voici quand il présente un intérêt réel.
Vous cumulez plusieurs crédits à taux élevés
Si vous avez contracté plusieurs crédits à la consommation avec des TAEG élevés (au-delà de 8%), notamment des crédits renouvelables entre 12% et 20%, le rachat permet de bénéficier d’un taux unique bien inférieur.
Situation type : Vous avez un crédit personnel à 9,5%, un crédit renouvelable à 15,8%, un crédit affecté à 7,2%. En rachetant l’ensemble à 5,5%, vous générez des économies d’intérêts substantielles même avec un allongement de durée raisonnable.
Votre taux d’endettement dépasse 40%
Un taux d’endettement supérieur à 40% indique une situation financière tendue. Vous consacrez presque la moitié de vos revenus au remboursement de dettes, laissant peu de marge pour les dépenses courantes et les imprévus.
Le rachat de crédit permet de ramener ce taux à un niveau soutenable (25% à 30%), restaurant votre équilibre budgétaire et réduisant le risque d’incidents de paiement.
Vous avez des difficultés à boucler vos fins de mois
Si vous utilisez régulièrement votre découvert autorisé, si vous êtes fréquemment à découvert non autorisé avec des agios importants, si vous devez arbitrer entre payer vos crédits et payer vos autres charges, le rachat de crédit peut vous sortir de cette spirale négative.
La réduction de mensualité vous redonne de l’oxygène financier et vous permet de retrouver une gestion sereine de votre budget.
Vous souhaitez financer un nouveau projet important
Si vous avez besoin de financer un projet urgent (changement de véhicule pour raisons professionnelles, travaux indispensables dans votre logement, frais médicaux importants) mais que votre taux d’endettement actuel vous empêche d’obtenir un nouveau crédit, le rachat avec trésorerie supplémentaire peut être la solution.
Plutôt que de multiplier les crédits, vous regroupez l’existant et ajoutez le montant nécessaire au nouveau projet dans un crédit unique.
Vous anticipez une baisse de revenus
Si vous savez qu’une réduction de vos revenus est imminente (départ à la retraite avec pension inférieure au salaire, passage à temps partiel choisi ou subi, changement professionnel avec baisse de rémunération), le rachat de crédit vous permet d’adapter vos mensualités à votre future capacité de paiement avant que les difficultés n’apparaissent.
Cette anticipation est bien plus favorable qu’une gestion de crise après les premiers impayés.
Situations où le rachat est déconseillé
À l’inverse, certaines situations rendent le rachat de crédit peu pertinent voire contre-productif.
Il vous reste peu d’échéances sur vos crédits actuels
Si la majorité de vos crédits arrivent à échéance dans moins de 12 à 18 mois, le rachat n’a aucun intérêt. Les frais de l’opération (IRA, frais de dossier) ne seront jamais compensés par les économies potentielles.
Exemple : Vous avez 8 000€ de capital restant dû sur 10 mois. Faire un rachat sur 60 mois ne vous apportera qu’une faible réduction de mensualité immédiate, mais vous obligera à payer des intérêts pendant 50 mois supplémentaires. Mieux vaut terminer normalement ces crédits qui s’achèvent bientôt.
Vos crédits actuels ont déjà des taux très bas
Si vos crédits en cours ont des TAEG inférieurs à 4%, obtenir un rachat à un taux inférieur sera difficile voire impossible. Le rachat vous coûterait alors beaucoup plus cher.
Règle générale : Le rachat n’est intéressant que si le nouveau taux est inférieur d’au moins 0,7 à 1 point par rapport à la moyenne pondérée de vos taux actuels ET si la durée n’est pas excessivement allongée.
Vous avez la capacité d’épargner pour solder vos crédits
Si vous dégagez régulièrement une épargne mensuelle de 200€ à 400€, vous avez probablement la capacité de faire des remboursements anticipés partiels sur vos crédits actuels pour les solder plus rapidement.
Cette stratégie est bien plus avantageuse qu’un rachat : vous économisez les intérêts futurs sans allonger la durée, vous évitez tous les frais du rachat, vous retrouvez votre liberté financière plus rapidement.
Votre situation professionnelle est instable
Si vous êtes en CDD, en période d’essai, en intérim irrégulier, ou indépendant avec des revenus très variables, obtenir un rachat de crédit sera difficile. Les organismes spécialisés exigent généralement une stabilité professionnelle minimale.
De plus, s’engager sur une très longue durée (10-12 ans) alors que votre situation professionnelle est incertaine présente un risque élevé.
Vous n’êtes pas prêt à modifier vos habitudes de consommation
Si vous envisagez le rachat uniquement comme un moyen de libérer de la capacité d’endettement pour contracter de nouveaux crédits, vous risquez d’aggraver votre situation à moyen terme.
Le rachat doit s’accompagner d’une réflexion sur vos habitudes financières et d’un engagement à ne plus recourir excessivement au crédit. Sans ce changement comportemental, vous vous retrouverez dans quelques années avec le crédit de rachat toujours actif plus de nouvelles dettes.
Comment calculer la rentabilité d’un rachat de crédit ?
Avant de vous engager, effectuez une analyse financière précise comparant votre situation actuelle et la situation après rachat.
Établir un tableau comparatif détaillé
Créez un tableau à deux colonnes pour visualiser clairement les différences.
Colonne 1 – Situation actuelle :
- Liste de tous vos crédits avec pour chacun : organisme, montant de mensualité, capital restant dû, durée résiduelle, TAEG
- Total des mensualités actuelles
- Durée résiduelle moyenne pondérée
- Coût total résiduel des intérêts (additionnez le coût des intérêts restants sur chaque crédit)
- Montant total à rembourser encore
Colonne 2 – Situation après rachat :
- Nouvelle mensualité unique
- Nouvelle durée totale
- Nouveau TAEG unique
- Coût total des intérêts du nouveau crédit
- Montant total à rembourser
- Frais de l’opération (IRA + frais de dossier + frais de garantie + expertise)
Calculs de comparaison :
- Gain mensuel de trésorerie : mensualités actuelles – nouvelle mensualité
- Surcoût total : (coût intérêts nouveau crédit + frais) – coût résiduel intérêts actuels
- Nombre de mois nécessaires pour amortir les frais : frais de l’opération / gain mensuel
Exemple chiffré complet :
Situation actuelle :
- Crédit 1 : 320€/mois, reste 14 500€, 52 mois, 5,8% → coût résiduel intérêts : 2 140€
- Crédit 2 : 195€/mois, reste 7 800€, 44 mois, 7,2% → coût résiduel intérêts : 780€
- Crédit 3 : 125€/mois, reste 3 900€, 34 mois, 9,5% → coût résiduel intérêts : 350€
- Total mensuel : 640€
- Total capital restant : 26 200€
- Coût résiduel intérêts : 3 270€
- Montant total à rembourser encore : 29 470€
Rachat proposé :
- Nouvelle mensualité : 380€
- Durée : 96 mois
- TAEG : 6,5%
- Capital racheté : 26 200€
- Frais opération : 800€ (IRA 260€ + dossier 500€ + divers 40€)
- Montant financé : 27 000€
- Coût intérêts : 9 480€
- Montant total à rembourser : 36 480€
Analyse comparative :
- Gain mensuel : 640€ – 380€ = 260€
- Surcoût total : (9 480€ + 800€) – 3 270€ = 7 010€
- Amortissement des frais : 800€ / 260€ = 3 mois
Interprétation : Vous gagnez 260€ de trésorerie par mois dès le début. Les frais de l’opération sont amortis en 3 mois grâce à ce gain. Par contre, sur la durée totale, vous paierez 7 010€ de plus. La question devient : est-ce que le confort budgétaire de 260€ supplémentaires chaque mois pendant 8 ans justifie un surcoût global de 7 010€ ?
Si votre situation budgétaire est vraiment tendue et que ces 260€ sont indispensables pour équilibrer vos comptes, la réponse est oui. Si vous n’avez pas de difficulté particulière, la réponse est probablement non.
Utiliser le TEG/TAEG moyen pondéré
Pour affiner votre analyse, calculez le TAEG moyen pondéré de vos crédits actuels et comparez-le au TAEG du rachat proposé.
Formule : TAEG moyen pondéré = Σ (Capital restant dû crédit i × TAEG crédit i) / Capital total restant dû
Reprenons l’exemple précédent :
- Crédit 1 : 14 500€ × 5,8% = 841
- Crédit 2 : 7 800€ × 7,2% = 561,6
- Crédit 3 : 3 900€ × 9,5% = 370,5
- Total : 1 773,1
TAEG moyen pondéré = 1 773,1 / 26 200 = 6,77%
Le rachat proposé à 6,5% est légèrement inférieur au taux moyen actuel (6,77%). Cela confirme qu’il n’y a pas d’économie substantielle sur le taux. Le surcoût provient essentiellement de l’allongement de durée.
Simuler différents scénarios de durée
Demandez à l’organisme de rachat plusieurs simulations avec des durées différentes :
- Scénario court (60 mois) : mensualité plus élevée, coût total minimal
- Scénario moyen (84 mois) : équilibre mensualité/coût
- Scénario long (120 mois) : mensualité minimale, coût total maximal
Comparez ces scénarios pour identifier le meilleur compromis selon votre capacité de paiement et votre volonté de minimiser le coût total.
Le processus de rachat de crédit étape par étape
Voici le déroulement type d’une opération de rachat de crédit.
Étape 1 : Analyse de votre situation et prise de contact
Avant de contacter un organisme, faites votre propre diagnostic :
- Listez précisément tous vos crédits en cours avec leurs caractéristiques
- Calculez votre taux d’endettement actuel
- Identifiez vos objectifs : réduction de mensualité, simplification, trésorerie supplémentaire
- Déterminez la mensualité maximale que vous pouvez supporter confortablement
Vous pouvez ensuite contacter soit directement un établissement spécialisé en rachat de crédit, soit un courtier qui comparera plusieurs offres pour vous.
Les courtiers présentent l’avantage de faire jouer la concurrence et d’obtenir potentiellement de meilleures conditions. Ils sont rémunérés par commission de l’organisme prêteur (généralement 1% à 2% du montant racheté), mais cette commission ne doit pas alourdir votre coût.
Vérifiez systématiquement que le courtier est immatriculé à l’ORIAS (recherche sur orias.fr avec le numéro d’immatriculation).
Étape 2 : Étude de faisabilité gratuite
L’organisme ou le courtier réalise une étude gratuite et sans engagement de votre dossier pour vérifier la faisabilité de l’opération.
Documents généralement demandés à ce stade :
- Pièce d’identité
- Justificatifs de revenus (bulletins de salaire, pension)
- Tableaux d’amortissement de tous vos crédits en cours ou attestations de capital restant dû
- Relevés bancaires des 3 derniers mois
L’étude vérifie votre capacité de remboursement, votre historique bancaire (consultation FICP), la cohérence de votre demande.
Vous recevez une ou plusieurs propositions chiffrées détaillant la mensualité proposée, la durée, le TAEG, le coût total, les frais de l’opération.
Important : Cette étude ne vous engage à rien. Vous pouvez consulter plusieurs organismes pour comparer les offres. Exigez systématiquement un document écrit détaillant tous les paramètres.
Étape 3 : Constitution du dossier complet
Si une proposition vous convient, vous passez à la constitution du dossier complet avec fourniture de tous les justificatifs.
Documents requis (liste exhaustive pouvant varier selon les organismes) :
- Pièce d’identité recto-verso en cours de validité
- Justificatif de domicile de moins de 3 mois
- Justificatifs de revenus complets : 3 derniers bulletins de salaire, avis d’imposition n-1 et n-2
- Justificatif de situation familiale (livret de famille, jugement de divorce)
- RIB de votre compte principal
- Tableaux d’amortissement actualisés de tous vos crédits
- Relevés bancaires des 3 derniers mois de tous vos comptes
- Attestations sur l’honneur diverses (non-inscription FICP, non-procédure de surendettement)
Si rachat incluant un crédit immobilier :
- Titre de propriété ou acte notarié d’acquisition
- Taxe foncière la plus récente
- Assurance habitation
- Éventuelle expertise immobilière récente
- Derniers avis d’imposition taxe foncière
La constitution d’un dossier complet demande rigueur. Tout document manquant retarde le traitement de plusieurs semaines.
Étape 4 : Instruction et accord de principe
L’organisme examine en détail votre dossier. Cette phase dure généralement 1 à 3 semaines pour un rachat de crédits consommation, et 3 à 8 semaines pour un rachat mixte avec garantie immobilière.
L’analyste vérifie la cohérence de toutes les informations, contrôle les documents fournis, consulte le FICP et éventuellement d’autres fichiers bancaires, calcule précisément votre capacité de remboursement et votre reste à vivre, évalue la valeur de la garantie si rachat immobilier.
En cas de questions ou documents complémentaires nécessaires, vous serez contacté. Répondez rapidement pour ne pas ralentir le processus.
Vous recevez ensuite un accord de principe ou un refus motivé.
Étape 5 : Offre de crédit officielle
En cas d’accord, l’établissement vous adresse l’offre de crédit officielle par courrier recommandé ou par voie électronique sécurisée selon la législation en vigueur.
Cette offre détaille tous les éléments contractuels : montant exact racheté, TAEG définitif, montant de la mensualité, nombre d’échéances, date de prélèvement, coût total du crédit, montant total à rembourser, détail des frais (dossier, garantie, assurance), conditions de l’assurance emprunteur, modalités de remboursement anticipé.
L’offre de crédit est ferme et valable généralement 30 jours. Pendant ce délai de validité, l’organisme ne peut pas modifier les conditions proposées.
Étape 6 : Délai de réflexion légal et signature
Pour un rachat de crédits à la consommation seuls, un délai de réflexion de 14 jours calendaires s’applique à partir de la réception de l’offre (article L312-19 du Code de la consommation).
Pour un rachat incluant un crédit immobilier, un délai minimal de 10 jours calendaires s’applique (article L313-24 du Code de la consommation).
Vous ne pouvez pas signer avant l’expiration de ce délai légal. C’est une protection pour éviter les décisions précipitées.
Après ce délai, vous pouvez accepter l’offre en signant le contrat (signature manuscrite ou électronique qualifiée selon les établissements).
Étape 7 : Mise en place des garanties (si applicable)
Si le rachat nécessite une garantie hypothécaire (rachat mixte immobilier + consommation), vous devez passer chez le notaire pour signer l’acte de cautionnement hypothécaire ou de privilège de prêteur de deniers.
Cette étape génère des frais notariés (émoluments du notaire, taxe de publicité foncière, contribution de sécurité immobilière) généralement compris entre 1,5% et 2% du montant garanti.
Délai supplémentaire : 3 à 6 semaines entre la signature du crédit et la signature de l’acte notarié.
Étape 8 : Déblocage des fonds et remboursement de vos anciens crédits
Une fois toutes les conditions remplies (délai légal écoulé, garanties en place), l’organisme de rachat déblocque les fonds.
Les montants sont versés directement à vos organismes prêteurs actuels pour solder chacun de vos crédits. Vous recevez ensuite de chaque organisme une attestation de solde de compte prouvant que le crédit est définitivement clos.
Si votre rachat incluait une trésorerie supplémentaire, celle-ci est versée sur votre compte bancaire.
Vérification importante : Contrôlez attentivement que tous vos anciens crédits ont bien été soldés. Conservez toutes les attestations de solde. Assurez-vous que les prélèvements automatiques sur vos anciens crédits sont bien annulés pour éviter des débits indus.
Étape 9 : Début du remboursement du nouveau crédit
Votre première mensualité du crédit de rachat est prélevée généralement le mois suivant le déblocage des fonds.
Vous recevez un échéancier complet détaillant toutes vos mensualités futures, avec pour chacune la décomposition entre capital remboursé et intérêts payés.
Conseil : Conservez précieusement tous les documents relatifs à votre rachat de crédit (offre, contrat, échéancier, attestations de solde des anciens crédits) pendant toute la durée du crédit plus 5 ans après son remboursement complet.
Comment obtenir les meilleures conditions de rachat ?
Quelques stratégies permettent d’optimiser votre rachat de crédit.
Comparer plusieurs offres systématiquement
Ne vous contentez jamais d’une seule proposition. Consultez au minimum 3 organismes différents ou faites appel à un courtier qui comparera pour vous.
Les conditions (taux, frais, durée maximale autorisée) varient significativement d’un établissement à l’autre. Une différence de 0,5 point de TAEG sur un rachat de 30 000€ sur 10 ans représente environ 800€ d’économie totale.
Négocier les frais de dossier
Les frais de constitution de dossier sont souvent négociables, surtout si vous présentez un bon profil (revenus stables, bon historique bancaire, endettement modéré).
N’hésitez pas à mentionner les offres concurrentes avec des frais inférieurs pour obtenir un geste commercial. Une réduction de 200€ sur les frais de dossier améliore immédiatement la rentabilité de l’opération.
Choisir la durée optimale
Résistez à la tentation de choisir systématiquement la durée la plus longue pour minimiser la mensualité. Trouvez le meilleur équilibre entre confort de mensualité et coût total raisonnable.
Règle prudente : La durée du rachat ne devrait idéalement pas dépasser de plus de 50% la durée résiduelle moyenne pondérée de vos crédits actuels.
Exemple : vos crédits ont une durée résiduelle moyenne de 48 mois. Un rachat sur 72 mois (+ 50%) est acceptable. Un rachat sur 120 mois (+ 150%) devient excessif tant en termes de coût que de période d’endettement.
Optimiser l’assurance emprunteur par délégation
Comme pour un prêt personnel classique, vous n’êtes pas obligé de souscrire l’assurance proposée par l’organisme de rachat. La délégation d’assurance peut générer des économies de 30% à 50% sur le coût de l’assurance.
Sur un rachat de 30 000€ sur 10 ans, l’assurance peut représenter 2 500€ à 4 500€ selon votre âge. Économiser 40% sur ce poste représente 1 000€ à 1 800€ d’économie nette.
Utilisez les comparateurs en ligne spécialisés en assurance emprunteur pour identifier les offres les plus compétitives avec un niveau de garantie équivalent.
Apporter des garanties complémentaires
Si vous pouvez proposer des garanties supplémentaires (caution d’un tiers solvable, nantissement d’une assurance-vie ou d’un placement, hypothèque si vous êtes propriétaire), vous obtiendrez généralement un taux plus avantageux.
L’hypothèque permet souvent d’obtenir des taux inférieurs de 1 à 2 points par rapport à un rachat sans garantie réelle, ce qui peut compenser largement les frais notariés sur des montants élevés.
Améliorer votre profil avant de demander
Si votre situation le permet, attendez quelques mois pour optimiser votre dossier :
- Soldez un ou deux petits crédits pour diminuer votre nombre de dettes
- Régularisez votre découvert bancaire pour présenter des relevés sains
- Consolidez votre ancienneté professionnelle si vous venez de changer d’emploi
- Augmentez votre apport en épargne si possible
Un dossier plus solide obtient de meilleures conditions tarifaires.
Rachat de crédit et surendettement
Le rachat de crédit peut être une alternative au dépôt de dossier de surendettement, mais dans certaines situations, le surendettement reste la meilleure option.
Quand privilégier le rachat de crédit
Le rachat est préférable si :
- Votre situation financière est tendue mais pas catastrophique
- Une simple réduction de mensualité suffit à rétablir l’équilibre
- Vous souhaitez éviter le fichage FICP lié au surendettement
- Vous voulez conserver votre capacité à emprunter à l’avenir
- Vos revenus sont suffisants pour supporter la mensualité du rachat
Quand privilégier le surendettement
Le dossier de surendettement est plus approprié si :
- Vos dettes dépassent largement votre capacité de remboursement
- Même avec un rachat maximal, la mensualité reste insupportable
- Vous cumulez également des dettes non bancaires importantes (loyer impayé, dettes fiscales, factures d’énergie)
- Vous êtes déjà en situation d’impayés multiples
- Vous n’avez aucune perspective d’amélioration de revenus
Le surendettement permet un moratoire sur les dettes, un rééchelonnement très long voire des remises partielles de dettes, et dans les cas extrêmes un effacement total (procédure de rétablissement personnel).
Inconvénient majeur : le fichage FICP automatique pendant toute la durée du plan (5 à 7 ans généralement) qui interdit tout nouveau crédit.
La commission de surendettement peut recommander un rachat
Dans certains cas, la commission de surendettement examine votre dossier et constate qu’un simple rachat de crédit suffirait à résoudre votre situation. Elle peut alors recommander cette solution plutôt que l’ouverture d’une procédure de surendettement.
Cette recommandation facilite généralement l’obtention du rachat auprès des organismes spécialisés.
Conclusion : le rachat de crédit, une solution à manier avec discernement
Le rachat de crédit est un outil financier qui peut être très utile dans certaines situations spécifiques, mais qui ne constitue jamais une solution miracle et comporte des coûts importants.
Le rachat est pertinent si :
- Vous cumulez plusieurs crédits à taux élevés (> 8%)
- Votre taux d’endettement dépasse 40%
- Vous avez des difficultés budgétaires réelles
- Vous souhaitez simplifier drastiquement votre gestion
Le rachat est à éviter si :
- Vos crédits arrivent bientôt à échéance (< 18 mois)
- Vos taux actuels sont déjà bas (< 4%)
- Vous pouvez épargner pour rembourser par anticipation
- Vous n’êtes pas prêt à changer vos habitudes de consommation
Avant de vous engager :
- Calculez précisément le surcoût total de l’opération
- Comparez au moins 3 offres différentes
- Lisez intégralement le contrat avant signature
- Assurez-vous que la nouvelle mensualité reste confortable avec une marge de sécurité
- Engagez-vous à ne pas contracter de nouveaux crédits après le rachat
Le rachat de crédit doit être accompagné d’une réflexion globale sur vos finances personnelles et vos habitudes de consommation. Sans changement de comportement, vous risquez de vous retrouver quelques années plus tard dans une situation pire qu’au départ.
Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.
Pour des conseils personnalisés gratuits sur le rachat de crédit ou la gestion de vos dettes, vous pouvez contacter un conseiller en économie sociale et familiale de votre département, les Points Conseil Budget (PCB) financés par l’État, ou les associations de consommateurs (UFC-Que Choisir, CLCV).